Une fiction en 11 chapitres décrivant l'état du monde après la crise du Covid-19
V - Moyens Techniques
Pour gérer un monde entièrement informatisé, il faut un système d'information titanesque en trois parties principales :
- le réseau
- les traitements
- les équipements
Passons en revue ces trois aspects. Commençons par le réseau.
Un peu partout dans le monde, les gouvernements profitent du confinement pour déployer la 5G sur leur territoire, en passant outre les études d’impact environnemental et la vérification des niveaux d’émission des antennes selon les normes sanitaires. Le prétexte avancé est que nous avons besoin d’un débit important pour disposer de meilleurs services sur nos téléphones portables. Tandis que chacun tremble pour sa vie et ses finances, qui peut bien s’inquiéter du fait qu’il faille une minute plutôt qu’une seconde pour télécharger une vidéo sur son mobile ? Il est évident que la 5G n’est pas déployée « pour notre bien ». Les objets connectés s’imposeront de gré ou de force dans notre quotidien après le déconfinement. Comme ils seront très nombreux, ils auront besoin d’un réseau étendu, réactif, doté d’un fort débit et d’une large bande passante.
À titre d’exemple, il faut implanter une antenne tous les 100 mètres pour faire rouler une voiture « autonome ». Cette technologie permet de comprendre le concept de remplacement des humains faillibles. Le véhicule est conduit par un programme qui s’oriente dans l’espace grâce à un réseau. Les voitures ne sont pas autonomes puisqu’elles dépendent de l’informatique. En fait elles sont débarrassées de l’humain.
Avec les antennes sur terre et les constellations de dizaines de milliers de satellites dans le ciel, la planète entière sera maillée par un réseau électromagnétique haut débit. Ce n’est pas pour mieux nous servir. C’est pour remplacer au maximum l'humain par des objets connectés. C'est pour vendre et acheter en temps réel tout ce qui est vendable et achetable.
La question des réseaux est réglée. Passons aux traitements.
Comment remplacer les humains, ces maillons inefficaces, malhonnêtes ou fragiles ? La programmation informatique, plus particulièrement l’Intelligence Artificielle, est capable de faire énormément de choses, surtout lorsqu’elle pilote de la robotique. Elle peut écrire des livres, peindre des tableaux, effectuer des interventions chirurgicales, encaisser des paiements, imiter des voix humaines, générer des visages humains, incruster en temps réel des images de synthèse dans des scènes filmées, passer des ordres en bourse, reconnaître des objets ou des mots prononcés, faire des massages, tenir une conversation basique…
Mais ces petits bouts de programmes tournent sur des ordinateurs chacun dans leur coin. Comment les relier entre eux, pour exécuter automatiquement, de façon fiable et dans le bon ordre, les différentes tâches exigées par un métier donné ? La réponse a été trouvée il y a une dizaine d’années. Elle s’appelle Blockchain. Grâce à ce concept informatique, il est possible d’enchaîner automatiquement des actions de façon sécurisée. Cela est censé nous inspirer la confiance envers la machine pour compenser la méfiance envers les humains.
Il ne reste plus qu’à démarcher les clients humains pour les pousser à utiliser les services informatisés. Ce rôle de e-commercial sera joué par un autre type de programmes nommé « Oracle ». Les Oracles parcourent le réseau pour prospecter les besoins et leur trouver des solutions. Il mettent automatiquement en relation l’offre et la demande.
La question des traitements est réglée. Passons aux équipements.
Pour exploiter des services informatiques, il faut investir dans du matériel. Par exemple lorsque nous faisons nos courses au supermarché, les caisses enregistreuses permettent de scanner nos achats afin d’en déterminer le prix, de nous sortir l’addition et de mettre à jour le stock du magasin. Le terminal de paiement lit les informations de notre carte afin de débiter notre compte. Cela suppose une connexion réseau avec le système bancaire. La mise en place de tous ces équipements coûte cher aux commerçants. Dans ces conditions, on se doute qu’un système informatisé à l’échelle mondiale serait monstrueux à concevoir.
Sauf qu’un gadget est devenu indispensable dans nos vies ces dernières décennies. À peu près tout le monde possède un smartphone. L’évolution rapide des technologies en matière de miniaturisation, d’affichage et de transmission, a fait du téléphone portable un véritable ordinateur de poche, relié avec tous les ordinateurs fixes ou mobiles du monde entier. Quelle aubaine ! Un système informatisé mondial nécessiterait très peu de nouveaux équipements, s’il se basait sur nos téléphones et sur le réseau des Telecom. Le gros des investissements en équipement reposerait sur les clients au lieu d’être à la charge du commerçant. Plutôt que d’installer un terminal de paiement dans son magasin, le vendeur procure au consommateur une application de paiement pour son téléphone portable. C’est infiniment moins cher.
La question des équipements est réglée.
Tout est prêt ? Non. Il reste un dernier problème. Quid de l'argent ?
Pour gérer automatiquement des paiements, il faut se connecter au système bancaire qui est complexe. Sans compter les soucis de conversion de devises, les banques prélèvent des frais, les délais de transfert sont longs, il y a pas mal d’obstacles car chaque pays gère sa monnaie, vote des taxes, lutte contre la fraude… Bref c’est techniquement et légalement compliqué.
Ce serait tellement plus simple s’il existait des monnaies indépendantes des banques et des états. Il faudrait de l’argent qui circule librement dans le monde entier sans la moindre entrave. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ce sont les cryptomonnaies émises par des sociétés privées. Exit les banques et les états qui régulent la création et la circulation de l'argent.
Cette fois-ci tout y est. Les clients arrivent avec leur propre matériel informatique en poche, les commerçants fournissent les applications pour les dépouiller, les échanges commerciaux se règlent en cryptomonnaies, les transactions sont réalisées par la Blockchain, via le réseau 5G terrestre et spatial.