La Dystopie des Cybertariens

Une fiction en 11 chapitres décrivant l'état du monde après la crise du Covid-19

VIII - Illusion Numérique

Si le but est effectivement la numérisation massive de nos modes de vies alors le Covid-19 nous « menacera » tant que le but ne sera pas atteint. Dès que les Cybertariens auront obtenu la régence absolue du monde, l’impitoyable virus sera déclaré inoffensif. Les médias ne communiqueront plus de statistiques anxiogènes, l’assaillant microscopique disparaîtra du champ médiatique. Les experts diront que notre organisme s’est adapté, que le sanguinaire envahisseur est devenu une gouttelette parmi tant d’autres dans la vague des maladies saisonnières. Ils avertiront aussi qu’il faut se faire vacciner tous les ans, afin de ne plus jamais se laisser surprendre par le moindre virus, qu’il soit couronné ou pas.

Inutile d’être devin pour comprendre que ce Nouvel Ordre Mondial Informatisé ne tiendra pas plus la route que le capitalisme régulé par les gouvernements nationaux. Combien de temps sévira-t-il ? Des dizaines d’années ? Des siècles ? Nous avons en tout cas la certitude qu’il enrichira ses promoteurs et brisera des millions de vies avant d’atteindre ses limites, et ce pour plusieurs raisons.

1) Réalisme

Nous savons par expérience que la pratique se plie rarement à la théorie. Les Cybertariens n’ont-il pas excessivement confiance en la technologie ? Se rendent-ils compte que l’informatique n’a rien de magique ? Peut-être devraient-ils côtoyer les techniciens et les exécutants, qui passent leurs jours et leurs nuits à rattraper les défaillances des machines. Les ordinateurs qui fonctionnent 24H/24 doivent être constamment surveillés, redémarrés et réparés pour tenir la route. En cas de panne, la vie s’arrête brutalement. Que se passera-t-il si du vandalisme ou des intempéries privent tout un secteur de réseau ? Comment se termine une télé-intervention chirurgicale en cas de plantage informatique ? Sans oublier que les programmes d'Intelligence Artificielle nécessitent d'exploiter des travailleurs humains pour remplir leurs missions.

2) Électrosensibilité

Croisons les doigts pour que l’électrosensibilité ne soit qu’une fable psychosomatique, colportée par des paranoïaques craintifs débordants d’obscurantisme. Car s’il s’avère que l’électricité et les ondes électromagnétiques sont néfastes pour la santé alors les maladies de civilisation décimeront une part croissante de la population mondiale. Pourquoi les autorités ont-elles fixé des normes sanitaires concernant les téléphones portables ? Pourquoi est-il interdit de dépasser les seuils réglementaires ? Y a-t-il un danger pour la santé alors que les rapports complaisants affirment qu’il n’y a rien à craindre ? Pourquoi l’OPS, Organisation Planétaire de la Santé, a-t-elle classé le smartphone dans la liste des cancérogènes ? Si la planète entière est saturée d'ondes, qu'adviendra-t-il des animaux qui s'orientent grâce au champ magnétique terrestre ?

3) Justice

Le Libertarianisme estime que l’Homme doit être libre de disposer de ce qui lui appartient sans aucune restriction. Que deviennent ceux dont la propriété est limitée indépendamment de leur volonté ? Qu’advient-il des personnes qui n’ont pas la chance de posséder leur autonomie corporelle, une bonne santé physique ou mentale, des parents vivants et attentionnés… Les personnes âgées, les handicapés, les autistes, les orphelins… Ne parlons même pas des animaux qui ne seront plus des êtres vivants mais de simples objets à vendre ou à acheter. Qui dira « stop » en cas de danger environnemental ? Demandons-nous ce qu’il adviendra de la pollution qui empoisonne les aliments que nous mangeons, l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons.

4) Psychisme

L’humain a besoin de contacts physiques pour vivre sainement. Certaines études scientifiques montrent que les nouveaux nés privés de contact, peuvent développer des pathologies et même en mourir. Si la distanciation sociale est promotionnée pour favoriser le rapprochement numérique, quel sera l’impact sur le mental ? La virtualisation croissante de nos vies engendrera inévitablement un repli sur soi et une perte du sens des réalités, largement plus impactante pour les générations futures qui n’auront connu que ce mode de vie. Verrons-nous à l’avenir une multiplication des conduites inconséquentes ou des comportements à risque, dans l'espoir de se sentir réels dans la jungle virtuelle ? Quoiqu'il en soit l'égoïsme prédominera car face à l'ordinateur qui répond instantanément à tous les besoins, désirs et caprices, chacun aura tendance dans sa solitude numérique, à se croire roi du monde.

5) Standardisation

Les ordinateurs réalisent ce qui est programmé, que ce soit pertinent ou pas. Par orgueil, leurs créateurs affirment que les machines sont capables de penser et de rêver. Pourtant elles ne pourront jamais remplacer les êtres humains. En effet, les situations imprévues exigent des solutions imprévues. Nous mobilisons alors l'imagination, la créativité et l'intuition. Même au quotidien, le besoin, l'intuition ou le désir nous incitent à innover. Certes les algorithmes exécuteront les tâches standardisées, plus correctement et plus vite que les humains. La quantité stéréotypée sera au rendez-vous mais la qualité originale sera absente. L'automatisation entraînera même certainement des dommages évitables, absurdes.

6) Gaspillage

Sans électricité, pas d’informatique. Nous savons que nous consommons déjà trop d’énergie. Qu’en sera-t-il dans un monde totalement informatisé ? La croissance infinie exige des ressources infinies que la terre ne possède qu'en quantité limitée. Verdir la production d’électricité ne fait que nous donner bonne conscience, sans résoudre le problème de notre surconsommation. En outre le matériel électronique est difficilement recyclable. Nous croulerons sous nos déchets. Tout en prônant l'écologie, nous allons vers la phagilogie, la consommation effrénée comme seul horizon de vie.

Ce pamphlet est loin d’être un plaidoyer contre l’informatique qui nous rend de précieux services. Il s’agit plutôt d’un appel à la modération car ce que nous appelons pompeusement « progrès » devrait nous questionner. Un véritable progrès est un acquis inaliénable tandis qu’une compensation est superficielle, temporaire et énergivore, par conséquent il est très laborieux de la maintenir dans le temps. Le coût environnemental des nouvelles technologies devrait nous mettre la puce à l’oreille : c’est bien de la compensation destinée à contourner nos faiblesses. Il est préférable d’analyser nos défaillances humaines à la racine afin trouver des solutions pérennes, au lieu de se satisfaire de coûteuses rustines électroniques.

Loin de la comédie jouée par les politiciens sur la scène internationale, la seule véritable bataille se joue au niveau individuel : Transhumanistes contre Bioconservateurs.

Pendant ce temps dans la vraie vie